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Front Hexagonal de Libiération

en mode Blog : nos avis et humeurs...

 

Dans cette page :


en mode blog : le FHL - [par Pierre, 20/04/2011]

Le FHL, Front Hexagonal de Libiération est un regroupement, pincipalement de brasseurs, lancée le mars 2011, sous l’impulsion de Laurent Mousson, Gwenael Samotyj, Benoît Ritzenthaler, Régis Barth, Xavier Clerget, Jacek Korczak et Marjorie Jacobi. Vous trouverez le manifeste sur leur site internet.

 

Membres du FHLLe week end dernier, discussion avec un brasseur que j’aime beaucoup. Le FHL arrive sur le tapis. Nos avis sur bien-fondé de cette opération divergent. A partir de là, j’ai pu réfléchir sur certains aspects du sujet qui ne m’avaient paru secondaires.

Il est vrai qu’en tant que consommateur, j’ai accueilli le FHL à force de bravos comme un instrument qui ne pouvait apporter que du positif. Mais il n’est pas moins vrai que la manière de lancer cette association fut un peu « cavalière » et je comprends que les brasseurs se soient sentis malmenés par la démarche.

 

Le FHL était en création depuis quelques mois, mais dans le (presque) plus grand secret et fut lancé en grand bruit (dans le monde de la brasserie, bien sûr, autant que je sache le Monde n’y a pas encore accordé sa Une) à St Nicolas de Port le 4 mars 2011.

L’avantage de cette manière de faire, c’est que ça (presque) buzze et on en parle. L’inconvénient, c’est le déroulement pour les 385 autres brasseurs français qui n’ont pas été prévenus, auxquels on n’a pas demandé l’avis ou s’ils voulaient faire partie de l’association. Et qui aujourd’hui peuvent lire sur la FAQ du FHL qu’ils peuvent demander à bénéficier des macarons estampillés FHL validant un niveau suffisamment haut d’amertume, si toutefois leur bière plaît aux membres de l’association (puisqu’il faut que l’équilibre de la bière, notion plus subjective, soit aussi validé).

Du coup, on a davantage l’impression que le FHL est avant tout une association de copains, ce qui est parfaitement compréhensible mais quelque peu handicapant quand cette association a des ambitions étendues à l’ensemble de la brasserie française. On a toutefois une première preuve d’ouverture avec l’inclusion récente de Gregory Murer de la brasserie Fleurac dans le collectif.

Le second handicap est la relative jeunesse brassicole des membres. Avec toutefois un lourd passif de brasseur amateur, la plupart brasse en pro depuis moins de cinq ans. On comprend que certains briscards de la brasserie puissent avoir un sourire en coin lorsque des « jeunots » leur donnent des leçons, même si ces jeunots font chacun de très bonnes bières. Tenir une brasserie et en vivre ne se résume (trois fois hélas) pas seulement à faire de bonnes bières.

 

macarons du FHLMais venons en un peu à la première « action » du FHL : les macarons validant trois niveaux d’amertume. Cela part d’un principe sympa et en tant qu’amateur d’amertume trouvant souvent les bières françaises en défaut, je me fais une joie de guetter ces macarons. De plus, pour les obtenir, la bière doit donc être validée sur son équilibre. Or je pense que les gars du FHL ont des goûts assez proches des miens, donc c’est une véritable aubaine pour repérer des produits qui vont me plaire. Mais voilà, ces macarons vont interpeller les gens comme moi. Mais les néophytes, qui veulent s’essayer aux bières locales risquent d’être apeuré « de l’amertume, ha non, c’est pas bon », alors que le même consommateur, si l’amertume était accompagnée de saveurs équilibrée et d’un corps bien construit aurait peut être, et même sans doute, apprécié la bière, apprécié l’amertume sans savoir qu’il en buvait. Beaucoup de brasseurs me disent qu’ils ont commencé avec des niveaux bas d’amertume puis les ont augmenté progressivement, pour habituer progressivement leurs clientèles. A contrario, certains néophytes en voyant ces macarons vont peut être se dire que l’amertume va dans le sens de la qualité ; et ils commenceront à ouvrir leurs papilles aux saveurs amères. Cela marchera pour quelques curieux gustatifs, mais pas pour tout le monde, ou alors ces macarons ont une sacrée force de persuasion.

En bref, ces macarons sont à double tranchant en fonction du type de consommateur, et, de fait, le FHL en les proposant ne propose pas seulement les bières de caractère, il propose un type de marketing axé 1- sur les amateurs éclairés et 2- sur l’interpellation des curieux gustatifs.

On peut aussi polémiquer sur le contenu de cet action : les bières bien houblonnées n’ont pas le monopole des bières intéressantes (ce que le FHL admet très volontiers), et l’avantage que son niveau soit mesurable objectivement est neutralisé par le fait que ces macarons demandent aussi une validation gustative. Mais c’est une première action, il y en aura d’autres. L’amertume, c’est vrai que c’est une bête noire de la microbrasserie française et donc une très bonne idée de commencer par là.

 

Macarons ou pas, je pense tout de même que le FHL envoie un signal fort à beaucoup de brasseurs : les français aiment d’avantage la bière de caractère que vous n’avez pu le croire. Les bières amères peuvent être vendues, même à un public local dans une région non traditionnellement brassicole. Ce message s’accompagne d’une incitation à regarder ailleurs : le boom des microbrasseries a démarré entre 1960 et 1990 en Amérique et en Europe. Aujourd’hui, le bio, le retour aux produits locaux, le retour à la mode de la cuisine, du goût et des terroirs favorisent d’avantage les naissances de brasseries. Mais ce n’est pas parce qu’on est sorti des produits des géants de l’alimentation qu’on est tout de suite dans la panacée des saveurs. Ce n’est pas parce que vous mangez du Babybel artisanal que vous mangez du bon fromage, il va maintenant falloir attaquer le Salers fermier au lait cru. Et cette mutation de la microbrasserie a lieu à grande vitesse dans de nombreux pays. La mondialisation a permis aux brasseurs (américains dans un premier temps) d’essayer les styles de tous les pays, puis de mélanger les influences et techniques pour faire de nouveaux produits. Ils ont ainsi introduit au public un kaléidoscope de bières comme celui qu’on se targue d’avoir en France pour le vin. Aujourd’hui des pays non brassicole comme l’Italie proposent des produits jamais vu, voire époustouflants, mêlant influences étrangères et  culture autochtone issue de la vigne ; des pays brassicoles comme l’Angleterre se laissent charmer par les réinterprétations musclées de leurs propres styles par les américains. Alors le kaléidoscope français de la bière ? On n’attend plus que lui. Il traîne un peu et le FHL voudrait inciter les brasseurs à essayer de faire avancer d’eux-mêmes les choses. Premier point, il recommande d’adopter une démarche qualitative et sérieuse : veiller au maximum à vendre des bières sans défauts (infection, oxydation), y compris qui se révèleraient dans le temps et, le cas échéant, prendre ses responsabilités quand un problème surgit. Second point, il encourage à créer des produits de caractère, oser mettre au moins une bière bien houblonnée dans la gamme. Explorer les possibilités de la bière. Car je dois bien reconnaître, on a parfois l’impression que certains brasseries brassent trois fois la même bière, en changeant légèrement la proportion de malt de couleur mais avec le même niveau d’alcool, de corps et d’amertume, le même houblon et la même levure. Elles sont peut être bonnes, en tout cas sûrement meilleures que les industrielles françaises. Mais découvrir une telle gamme est aussi excitant que de lire l’intégrale de Honoré de Balzac le soir de ses fiançailles.

 

Le FHL envoie un second message, à l’étranger celui-ci : en France, il y a aussi des bières de caractère, il y a aussi des gens qui recherchent des produits qui sortent de la « norme ». Parce que cela reste un fait, le geek de la bière d’Europe du Nord (voire celui de Nord de la France) pense que la brasserie française ne vaut pas le détour et le geek américain ne sait pas qu’elle existe. Donc que le FHL se retrouve dans une position de porte parole auprès des amateurs venus d’ailleurs, c’est tant mieux (on rappelle que Laurent Mousson, le seul non brasseur du collectif FHL est vice-président de l’union européenne des consommateurs de bière et est à la fois une bible et une encyclopédie dès qu’on parle de bière).

 

Le FHL est donc une association un peu provocante, en partie intentionnellement avec des mots cinglants pour décrire leurs confrères, en partie involontairement avec un sentiment qu'ils se posent à la fois en juges et partie. Mais au vu de leurs confrères écossais, il semble que la provoc ça marche. Leur constat est sévère mais fondé. Leurs suggestions sont positives. Alors il ne reste qu’à attendre les effets... Et à se libiérer tous ensemble !

 

 

Voilà mon pavé dans le moût, comme j’aime tout le monde (et surtout la bière), j’accorde un droit de réponse, complément et autres à tous ceux qui veulent, brasseurs, frontiste, consommateur ou autre.

 

 

PS : les bières aromatisées ou additionnées de produits locaux, muscat, lentille, truffe, cèpe, huître, violette… ne permettent pas d’avoir un kaléidoscope, mais seulement de faire du marketing, sorry guys. (Quoique ça soit parfois bien réalisé).

 

 

Réponse du FHL [par le Front Hexagonal de Libieration, 22/04/2011]

 

Suite à notre proposition, le FHL à qui j'ai communiqué mon article en primeur nous fait part de sa réponse :

 

Un droit de réponse ? Non, plutôt quelques mises au point qui s’imposent, les critiques circulant à l’égard du FHL dont tu te fais ici l’écho relevant avant tout du manque d’information ou d'une interprétation erronée de points épars.

 

« Cavalier », le lancement ? Il peut certainement avoir été ressenti comme tel, et c’est un risque que nous étions disposés à prendre. Ne serait-ce que pour engendrer des réactions, secouer le cocotier. Les 385 autres brasseurs français n’ont pas été prévenus ou consultés auparavant, mais il faut rester en contexte: notre raison d’être – nous annonçons clairement la couleur par notre nom même - est d’interpeller, de nous inscrire en rupture du consensus dominant. Ce qui exclut logiquement une large consultation préalable.

 

« Malmenés », les brasseurs ? Quelques-uns d’entre eux - de loin pas tous - ont effectivement eu des réactions qui montrent un ressenti de cet ordre. Sans toujours avoir lu ce que nous avons à dire. Chaque mot du manifeste a justement été pesé pour trouver un équilibre entre le mordant voulu et la nécessité de ne pas être gratuitement vexant. Ceci dit, l’interprétation que chacun en donne, de manière étayée ou non, est une chose sur laquelle nous n’avons pas prise.

 

« Des ambitions étendues à l’ensemble de la brasserie française » ? Clairement : non. Nous ne représentons que nous-mêmes, et par là un point de vue minoritaire, de manière déclarée (cf. 4e point de la FAQ). Le fait que nous ne sommes pas une association constituée indique que nos ambitions sont volontairement restreintes. Nous ne sommes pas là pour supplanter à terme les Brasseurs de France - ni remplacer feue ATPUB.

 

« Relative jeunesse brassicole des membres » ? Laissons les "vieux briscards" ricaner s'ils veulent. Et passons aux faits.

Certes, certains d’entre nous ont moins de trois ans d’activité professionnelle dans le secteur. Mais la majorité d’entre nous a entre cinq et sept ans d'expérience, et tous sont arrivés à la fondation du FHL par des constats similaires faits de manière indépendante les uns des autres.

 

En outre quelques-une d'entre nous étaient depuis le début des années 2000 des amateurs de bière « pointus », à une époque où les lettres « IPA » n’avaient aucun sens en France, où « Cascade » n’évoquait qu’une chute d’eau, et déjà frustrés par une scène brassicole française à la traîne par rapport au reste de l’Europe - au point où deux d’entre nous ont été, en leur temps, impliqués de près dans la fondation de feue ATPUB en tant que consommateurs de bière.

 

En outre,  les membres du FHL pratiquent l’échange d’expérience de manière routinière, évitant de réinventer la roue ou de refaire des bêtises que d’autres ont déjà faites. C'est un gage de longévité pour l’ensemble des brasseries du mouvement, en garantissant une dynamique de progression et de développement des compétences.

 

Et justement… les micro-brasseries qui sont en place depuis une dizaine ou une douzaine d’années – pas tellement plus que nous autres, somme toute – se sont établies dans un contexte brassicole différent, et ont nécessairement une culture différente, entre autres par rapport aux possibilités aromatiques offertes par les houblons.

 

Ce qui nous amène au cœur du débat : les macarons FHL seraient contre-productifs, car de nature à faire fuir le buveur moyen ? Nous pensons clairement que non.

 

D’abord, seule une partie des gammes de nos brasseries respectives est concernée. Nous produisons tous des bières moins "brutales" en parallèle.

Ensuite, le terme "amertume" ne figure pas sur le macaron, volontairement. Nous avons préféré mettre une échelle de 2 à 5 fleurs de houblon, dont le sens est clairement autre. Donc, bouteille en main, à supposer que le client remarque le macaron, ce dernier ne déclenchera pas d'alarme à l'amertume. Par contre, s'il a aimé une bière portant le macaron, il pourra en trouver d'autres.

 

En outre, le fait est que le créneau des bières nettement houblonnées n’est pas si inexistant qu’on se plait à le répéter - comme pour l’exorciser - dans le secteur brassicole français.

 

Si les bières sont bien travaillées en termes d’harmonie - ce qui implique aussi une maîtrise du côté malts - et de houblons aromatiques, même des consommateurs a priori rétifs à l’amertume y trouvent leur compte de manière étonnamment fréquente. Même des gens qui disent « ne pas aimer la bière » et pour qui des bières très aromatiques côté houblon sont une révélation.

 

Cette impression - que beaucoup de gens dans le milieu ont - que des profanes ne peuvent pas aimer ces bières « difficiles », est un travers de spécialistes dont nous nous sommes défaits, car il ne correspond pas à la réalité que nous rencontrons. Certes, il y a des gens totalement rétifs à l'amertume, mais c'est peut-être un tiers de ceux qui disent ne pas aimer la bière à cause de l'amertume. A nous d'aller chercher les autres.

 

On parle donc bel et bien d’ouvrir de nouveaux créneaux, d'aller chercher de nouveaux clients. Non, comme beaucoup le font, en faisant des boissons sucrées et aromatisées qui s'excusent d'être de la bière, mais en jouant sur l'essence de la bière.

Notre expérience est que de tabler sur une réhabilitation du houblon marche, d’autant plus que nous faisons avant tout de la vente de proximité : nos filières de distribution sont courtes, un intermédiaire au plus, donc que le brasseur n’est jamais bien loin pour expliquer la démarche au client ou au caviste.

 

Au final – et c’est aussi dans notre manifeste – notre démarche se résume à exhorter nos confrères et consœurs à faire aussi des bières de caractère. Nous agissons en tant qu'amis-amateurs éclairés-producteurs de bières, insatisfaits par un niveau trop timide en regard de ce que de nombreux autres pays ont pu nous faire découvrir en termes de bière "de caractère".

 

Ah, et accessoirement: pour nous être affublés d'un nom pareil, et assumer un jeu de mot aussi pénible que "libièration" et le port de t-shirts orange vif, c'est que nous évitons de trop nous prendre au sérieux.

Ce pourrait donc être une erreur de le faire à notre place...


 

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